ÉCOLE DU CIPM

Atelier Adultes

Autobiographie des autres


De novembre 2021 à janvier 2022

Avec
Helena Villovitch

© D.R.




Atelier d’écriture pour adultes
avec
Hélèna Villovitch

Autobiographie des autres

2 Cycles de 3 séances,
les samedis 13, 27 novembre et 11 décembre 2021

et les samedis 15, 22 et 29 janvier 2022
Au Cipm, de 11h à 13h



Dans « Autobiographie d’Alice Toklas » (1933), Gertrude Stein invente une manière distanciée de se décrire elle-même en faisant « parler » quelqu’un d’autre, en l’occurrence sa compagne.

Par une série d’ateliers d’inspiration steinienne, nous approcherons dans ses œuvres l’invraisemblable soif d’expérimentation de l’écrivaine américaine moderne, mais aussi son génie comique. Tao Lin ou Miranda July font-ils partie de ses héritiers ? Nous nous le demanderons.

Et surtout, via l’écriture de fragments littéraires nés de propositions précises et ludiques renouvelées à chaque séance, nous nous exercerons nous aussi à la ventriloquie littéraire, participant sans aucune modestie à une recherche sur la forme autobiographique contemporaine.



Inscriptions
04 91 91 26 45 / steffen@cipmarseille.fr

Tarifs
10 € la séance
Tarif réduit (étudiants et personnes en recherche d'emploi) : 7, 50 € la séance





Quelques textes écrits durant la première session d'ateliers







Il y avait évidemment un double-sens giratoire dans la bibliothèque du CIPM. Nous avions fait tinter la clochette du génie américain, incarné dans les rayons des livres d’auteurs morts ou vivants dans leurs rayons, même. Nous avions écrit un rapport sur nous, c’était le deuxième atelier de la série « Autobiographie des autres », nous nous prêtions au jeu du labyrinthe, nous étions des quasi-cobayes.
Hélèna Villovitch


*


27 novembre 2021, nous sommes une armée de rats de bibliothèque léchant les mots comme les pages.
Nous aimons cette odeur si particulière. Cette tour de livres recèle chacun des vies, des mondes. Notre première découverte, notre naissance pour l'amour du livre fut Théophile Gautier et ses contes fantastiques ... et c'est fini ...!
Lilly Coralie Jully


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Nous sommes le 27 novembre 2021. Aujourd'hui la bibliothèque est à nous. Ici, naissent les mots et la loutre embusquée dans l'étroite travée au centre de la bibliothèque. Dans cette travée, nous trouvons la loutre qui trottine et le portrait de Franco par Jacques Roubaud.
Et la loutre se met à répéter :
Apportez-moi du pain
Apportez-moi du jambon
Apportez-moi à boire
…............
Et maintenant, ça se complique
voilà ce que chante la loutre lustrée en plantant illico ses dents acérées dans la jugulaire de Franco gonflée du sang de ses victimes que Jacques Roubaud a répertoriées.
Et voilà que nous tournons en rond dans la bibliothèque carrée autour de la loutre d'eau, la loutre d'eau brune qui se repaît du sang de Franco qui est le sang de ses victimes métabolisé.
Et nous chantons, nous psalmodions avec la loutre dans la bibliothèque carrée. Avec le gracieux concours de Gertrude Stein, Léopold Sédar Senghor, la valise en roulette, Gertrude Stein, Pablo Picasso.......et tant d'autres voix polyphoniques poétiques et la nôtre aujourd'hui dans la bibliothèque, où nous nous répétons, la litanie des crimes réitérés de Franco pendant de longues décennies , nos voix s'élèvent autour de la loutre gonflée, prête à éclater, nous tournons, nous valsons aux quatre coins de la bibliothèque jusqu'à ce qu'il ne reste plus une goutte de sang dans cette couille molle de Franco. Nos voix ne cessent de scander : la poésie est sacrée.
Marie-France Barthelemy


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       Circulaire du poème
       Autour du génitif
       Le trou tourne
       Et troue autour
       Du poème circulaire

              PHYSIQUE
              Zik
              Signe
              Cygne
              Ligne
              Lettre
              L’être
              Sans corps
              Qu’hors
              La chasse
              Été
              Était
              L’étais
              J’étais
              Chaste
              Chasse
              Te l’as
              Ta châsse
              Tétée
              CHASTETÉ

C’était ma grand-mère Kalissté Magenta qui fut chaste mais il suffit d’un coup de mon grand-père pour que naquit ma mère Calice Violée qui s’envola où je naquis Alice Carotte Fantôme rouquine, doux fantasme d’Hélèna de ce département du Doubs pour que mon enfant (fantômes se reproduisent d’abondance… !) naquit en ce jour comme chanson de Lapointe, ça me dit l’once des cendres en vain 21…
Jean-Marie Mémin


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Nous sommes un heureux rat de bibliothèque, sévissant depuis plusieurs années à la Vieille Charité.
La famille se reproduisant rapidement, naissances et morts se sont succédé : nous sommes à ce jour la 20e génération depuis l’ouverture de la bibliothèque du centre de poésie .
Nous avons attaqué récemment les ouvrages de Gertrude Stein, qui ont eu un grand succès lors de l’atelier d’écriture du 27 novembre 2021 dans nos locaux.
Ces ouvrages sont délicieux : ils ont un goût d’avant-garde qui chatouille délicatement notre fin palais. Pas question, en effet, de déchiqueter n’importe quel auteur, d’où notre choix du CIPM . Et là, de Stein à Villovitch, le choix est large et nos papilles comblées. 
Marie-Jeanne


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Ce samedi 27 novembre 2021 comme tous les samedis à onze heures tapantes
le porteur de valise à roulettes entre dans la bibliothèque.
clic-clac-clic-clac font les roulettes
criiis-criiis-criiis font les chaussures
Il est il il n'est pas nous il est singulier
Il déambule il choisit il compulse il grignote avec gourmandise les volumes
les gros les fins les caractères gras ses préférés les italiques en déséquilibre
les bulles qui pétillent tout est bon à déguster.
Sa valise avale un premier livre   Mort d'un commis voyageur   nous ne connaîtrons 
pas sa date de naissance   choix délibéré   hasard   inconscient  
Quatre autres ouvrages sont engloutis dans cette gueule béante
un deux trois quatre cinq toujours cinq jamais plus jamais moins.
clic-clac-clic-clac font les roulettes
criiis-criiis-criiis font les chaussures
le porteur de valise à roulettes quitte la bibliothèque ce samedi 27 novembre 2021
comme tous les samedis à treize heures tapantes.
Juliette Villecroze


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Nous ne trouvons plus la porte.
Enfermés dans cette bibliothèque, nous ne sortons plus de ces couloirs remplis de nous. Nous nouons des liens nouveaux, des milliers dans la bibliothèque. G. Stein et quelques autres hantent les couloirs plus que les vivants. Nous les connaissons plus que nous.
Léa Menage


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Autobiographie d’une petite fille fantôme

Blanche est blanche.

Elle ne serait pas blanche
si son nom n’était Blanche, mais verte, peut-être.

Quand elle était plus petite, sa mère, qui était Rose,
rose rose, rose rougissante,
lui parlait, rouge d’émotion,
de sa grand-mère, rude paysanne aux joues rouges.

Elle lui disait, cette femme aux joues rouges,
à Rose, la rougissante :
ma rose, ma chère enfant,
reste chaste je te prie ! reste blanche.


Ce qu’entendant, Rose rougissait de plus belle.

Ce qu’entendant, la petite Blanche rosissait.

Jusqu’à ce jour (11 décembre, grand ciel bleu),
la petite Blanche, frêle et gracile rose rose,
répète dans l’éther : je suis Blanche et je reste blanche, je suis blanche et je m’appelle Blanche.

Je me nourris de roses blanches,
et comme Thérèse,
j’envoie, à tous mes amis, une pluie de roses roses, rouges,
et blanches.

Éric Houser