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Écritures / collages


du vendredi 10 juillet au samedi 5 septembre 1998



Bernard Heidsieck



Depuis 1955, successivement avec mes Poèmes-partitions, biopsies et passe-partout, avec Canal street (35 poèmes - 1973/76), Derviche/Le Robert (26 poèmes - 1978/ 86) et Respirations et brèves rencontres (60 poèmes - 1988/1995) j'ai tenté – utilisant le magnétophone depuis 1959 comme moyen complémentaire d'écriture – de mettre la poésie "debout", de la sortir de son drap de livre pour la rendre active, rebranchée physiquement sur le monde et la Société. Mon travail comporte donc trois phases : tout d'abord celle de l'écriture, puis celle de l'enregistrement des textes et du travail sur la bande – pouvant comporter l'introduction d'éléments extérieurs au texte – et celle enfin de la Lecture publique, chaque texte pouvant requérir un mode de Lecture différent, spécifique à chacun d'eux. C'est à ce stade que la poésie devient "action", terme que j'utilise depuis 1962 pour la caractériser.

En parallèle, depuis 1970, j'ai réalisé, sur un plan visuel, des séries successives d'Écritures/collages, prolongeant ou précédant le travail "sonore".

Ainsi :
Les 100 Foules d'octobre 1970 (40 x 53 cm). Le texte d'introduction dans le livre les reproduisant édité en 1971 par Guy Schraenen précisait : "Fidèle à son titre général, la série des 100 Foules d'octobre 1970 est constituée de 100 planches originales d'écritures/collages sur le thème des foules. Elles ont été réalisées au cours du mois d'octobre 1970. En un mois donc. Un mois seulement : durée impérative. Car il s'est agi au départ d'un défi : les réaliser dans cette stricte durée, donc à une vitesse extrême, mais au surplus d'une thérapeutique : d'où l'utilisation de la foule pour y disparaître et s'y fondre, de la rapidité et de l'automatisme dans l'écriture pour s'en griser. Conçues dans cet esprit pour n'être pas lues, c'est en expliquer là l'illisibilité fréquente : la main était toute à son souci d'accélération et ne pouvait se permettre de regard oblique ou de rétroviseur. Le pari fut tenu quant au temps ! Pour la thérapeutique... Pas mal et vous ? Merci."

Ces foules – ou leur esprit – se retrouvent fréquemment dans mes textes enregistrés.

Ainsi :
Les Machines à mots (50 x 64 cm) au nombre de 40, réalisées en 1971. Mon activité professionnelle m'ayant valu de recevoir régulièrement, par abonne-
ments, un certain nombre de revues spécialisées dans le domaine de la machine-outil, mais aussi de les voir à l'œuvre et de les admirer lors de fréquentes visites d'usines, l'idée m'est venue de les détourner de leur fonction habituelle pour en faire des "Machines à mots". Il en est résulté cette série de planches où des photos de ces machines, découpées et collées, n'en finissent pas de limer et cracher des mots.

Ainsi Canal street, suite de 50 planches d'"Écritures/Collages" (80 x 47 cm) réalisées en 1974. J'ai collé sur chacune d'elles, non seulement de la bande magnétique, mais également un ou plusieurs circuits intégrés. Quant aux textes manuscrits de ces planches, ils tournent tous autour de la communication.

En 1989 et 1990 ont été réalisées à Vérone deux séries de neuf sérigraphies
(70 x 50 cm et 70 x 60 cm) tirées à dix exemplaires, éditées par Francesco Conz. Il s'agit d'écritures avec adjonction/collage, sur chacune d'elles, de circuits intégrés ou d'éléments divers de même esprit trouvés chez un ferrailleur.

Enfin, dernière série, celle, Djerassi (31 x 24 cm), réalisée au cours du mois d'octobre 1996 dans la Fondation du même nom, située, totalement isolée, au-dessus du Pacifique, à une heure et demie au sud de San Francisco. Composée de soixante planches, à nouveau d'"écritures/collages" elle constitue, en quelque sorte, le journal de bord de cette solitude forcée d'un mois en compagnie de neuf autres artistes ou écrivains également invités pour le mois. Le "jeu" a consisté à incorporer sur chaque planche de ce "journal" – de façon différente, obligatoirement sur chacune d'elles – de la bande magnétique, mon support de travail habituel, aussi, ainsi que des morceaux d'amorces de couleurs différentes. Cela s'est voulu une course contre la montre. À tout le moins une façon d'occuper le temps dans ce paradis sauvage pour coyottes et serpents à sonnettes.

Mai 1998




voir aussi :
Bernard Heidsieck (Manifestations)


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