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rencontre avec le résident du cipM

Emmanuel Hocquard


Une babouche devient jaune


le mercredi 1er octobre 2008, à 20h30

Suite à une résidence du cipM à Tanger
dans le cadre du festival act0ral.7 à Montévidéo
Littéralité & performance, à propos de Conditions de lumière par

Emmanuel Hocquard



Un partenariat cipM/act0ral


Emmanuel Hocquard
Une babouche devient jaune

Littéralité & performance, à propos de
Conditions de lumière

Un énoncé simple pourrait se définir comme une unité de langage qui, prise isolément, ne dirait qu’une seule chose : ce qu’elle dit, et pas autre chose. Cela peut se concevoir, mais ça n’existe pas. On pense évidemment à la tautologie : « Une rose est une rose. » Mais la tautologie n’est pas un énoncé simple. Au mieux pourrait-elle en être la description.
Tout énoncé isolé, même apparemment le plus simple, est complexe. « Il y a autant de choses dans une phrase qu’il y en a derrière. » (Wittgenstein) Seul un contexte permet de sélectionner et de fixer le sens qu’on veut lui donner. L’énoncé prend un sens quand il est un maillon intermédiaire dans un enchaînement de propositions. Cela soulève le problème de l’autonomie d’une proposition. Ou son indépendance. Une proposition peut être grammaticalement indépendante tout en étant, logiquement, dépendante d’un contexte. La question est alors la suivante : « À quelle(s) condition(s) une proposition peut-elle être logiquement autonome ? Autrement dit, à quelle(s) condition(s) une proposition peut-elle, hors contexte, être entendue comme un énoncé simple ? »
Il existe un jeu de langage (au sens wittgensteinien du terme), très particulier et fascinant : la littéralité. Le mot est à prendre à la lettre. Par définition, la littéralité ne peut concerner que ce qui relève, à la lettre, du langage (oral ou écrit), quelle que soit, par ailleurs, la vérité ou la fausseté de l’énoncé. La littéralité ne peut porter que sur des propositions déjà existantes. La littéralité, c’est toujours la seconde fois.
Soit la proposition suivante : Une babouche devient jaune. Quelle différence y a-t-il entre la première et la seconde énonciation de la même proposition ? Apparemment aucune. Pourtant, la différence est de taille. La première énonciation représente une observation portant sur la couleur, réelle ou supposée, de la babouche. Sa répétition re-présente l’énoncé lui-même. La répétition littérale en fait un énoncé simple, qui n’a plus de compte à rendre à une autre réalité que lui-même.
Un énoncé simple est-il pour autant une abstraction désincarnée ? Un morceau de langage figé ou pétrifié ? Un écho mécanique ? Je dirais qu’un énoncé simple est un moment de langage au repos. Et qu’il est, indiscutablement, reposant. « De cette façon je recopie la page. De cette façon je me tais. » (Pascal Quignard.) Même la bulle tautologique n’est pas complètement à l’abri des discussions. Par « une rose est une rose », on pourrait entendre qu’une rose n’est pas autre chose qu’une rose, qu’elle n’est pas une babouche, par exemple. Ce qui confère sa force indiscutable à la tautologie, c’est la répétition littérale du mot rose, à l’intérieur même de l’énoncé. C’est cette répétition interne (comme on parle de rime interne) qui permettrait qu’on regarde la tautologie comme un énoncé simple.
Pour récapituler : l’énoncé simple ne se trouve pas dans le langage, il est un état possible du langage. Il n’est pas premier. C’est l’inverse : il gagne son autonomie, son « insularité », au terme d’un processus de détachement, par la répétition.
Testimony (de Charles Reznikoff) est l’exemple même de ce processus qui va des dépositions orales des témoins (au tribunal) à la publication du poème imprimé, en passant par la transcription des greffiers du xixe siècle, la retranscription (manuscrite puis dactylographiée) et versifiée de Reznikoff.
L’énoncé simple est lui-même un simple témoignage. Un témoignage n’est pas ce qu’un témoin a vu ou entendu. Un témoignage est ce qu’un témoin dit avoir vu ou entendu. Testimony est un témoignage (de) Reznifoff.
Autre question : dans quelle mesure un énoncé simple, fabriqué par répétition littérale, peut-il être regardé comme performatif ?

in le ' ' ' Cahier du Refuge 174 ' ' '.




voir aussi :
Emmanuel Hocquard (Résidences)


lire aussi :
Grammaire de Tanger, le coffret
174


écouter :
Une babouche devient jaune