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ATELIERS

Atelier Adultes

Atelier à la Médiathèque Albert Camus - Carnoux en Provence


De février 2011 à mars 2011

Intervenantes :
Sabine Tamisier, Dorothée Volut



Présentation :

Un atelier hebdomadaire d'écriture a été proposé de février 2011 à fin mars 2011 au public adulte de la Médiathéque Albert Camus.
Cinq séances ont été animées par Dorothée Volut, cinq autres par Sabine Tamisier.
Horaire de l'atelier : Vendredi 17 H /19 H.
Une lecture publique a été organisée à la Médiathéque le samedi 26 Mars 2011.
En collaboration avec Claude Dalmasso, responsable de la Médiathéque Albert Camus - Carnoux en Provence

"Aprés une premiére séance autour des mots d'amour, pour laquelle nous nous sommes appuyés sur "Les Fragments d'un discours amoureux" de Roland Barthes, j'ai proposé aux participant(e)s, de travailler à partir de portraits photos de visages inconnus. Et à partir de ces portraits, au fil des rendez-vous, chacun d'entre eux a inventé une vie possible à celui qu'il avait choisi de regarder attentivement.
De courtes consignes formulées à partir de lectures de Charles Juliet, Apollinaire, et Anne-James Chaton, et les univers se sont déployés, riches d'histoires et de voix singuliéres que nous avons pris le temps de déguster ensemble le dernier samedi de mars. Bonheur de ces rencontres d'hiver du vendredi soir où simplement avec des mots, nous nous sommes réchauffés le coeur et l'âme, parfois émus, parfois riant aux éclats".

Sabine Tamisier


Un cycle de cinq ateliers d'écriture pour ouvrir une année 2011. Cinq rendez-vous réguliers,
le vendredi soir, autour de la poésie au sens large, telle que je l’envisage et telle qu’elle m’est indispensable aujourd'hui. Une manière d'écouter et d’entendre le monde, qui parvient à trouver ses voies d’expression en mettant ses pas dans ceux de quelques écrivains auxquels je reste fidèle. Henri Michaux, Christian Bobin, Fabienne Yvert ou Abdellatif Laâbi, par exemple. Cinq moments où nous voilà rendus à notre humanité par le seul biais des mots. Voici, données à lire, quelques traces décontextualisées de ces temps partagés.
Dorothée Volut



Extraits :


pas de mot
aucun
de ma bouche
sortir / en sortir / comment sʼen sortir
de ma bouche
en est sorti
pas un
de mot
pas assez
plus / non plus / il nʼest plus
le souffle /
sans
coupé / la vie sans / quand la vie sʼen
va
plus un
dans un dernier cri
suspendu
au bout / au bout du fil / à lʼautre bout
à lʼarrêt
tout à lʼarrêt / le dernier arrêt
plus un bruit
plus un son
il est mort
je vis
en un instant
je grandis
Gilbert Landreau


Il est noir. Il est jeune. Il est un tueur. Il est fier de lʼêtre. Il exhibe sa cicatrice. Il porte un béret. Il regarde. Il regarde droit devant. Il regarde mais ne voit pas. Il regarde sans voir. Il est enfermé en lui-même. Il lit son mal partout. Il ne lit pas lʼalphabet. Il nʼécrit pas non plus. Il note combien il en a tué. Il signe en leur tournant le dos. Il nʼessaie pas de faire semblant. Il appui sur la gâchette. Il transporte son grigri. Il transporte sa peur sous son grigri. Il transporte le poids de ses morts. Il essaie de sourire. Il dépose quelques instants ses armes. Il consulte le photographe. Il consulte. Il attend le déclic. Il bénéficie dʼintérêt. Il bénéficie dʼattention. Il existe. Il traverse lʼespace par la photographie. Il existe pour nous aujourdʼhui. Il est orphelin. Il a soif dʼattention. Il boit notre regard sur lui. Il ne mange pas toujours à sa faim. Il prend soin de lui. Il est chez lui. Il tue. Il paie de sa vie. Il paie de sa solitude. Il est lʼenfant soldat. Il conserve son rang. Il est aux abois. Il est en suspens. Il nʼest plus là. Il va. Il commande un soda. Il porte une cravate. Il fête la vie. Il rêve. Il sʼest endormi.
Rachel Estéve


Elle est en 2001- elle est dans la rue- elle regarde les passants- elle a son voile- elle recherche l’épicerie- elle commande des mandes- elle paye- elle mange- elle regarde les tours- elle voit l’avion- elle note le bruit- elle a peur - elle traverse le boulevard- elle court- elle est à New-York- elle lit l’angoisse - elle est aux abois- elle est la musulmane- elle est en 2011- elle est chez elle - elle
va à la cuisine- elle fait des gâteaux- elle dépose le plat- elle essaie de se
concentrer - elle appuie ses mains sur la table- elle se souvient- elle garde sa peur -
Marie-Antoinette Ricard


Il note chaque heure de la journée. Il est attentif à chacune de ses activités. Il voit tout ce qui se passe autour de lui. Il regarde au dehors. Il va de bar en bar. Il paie ses consommations. Il recherche le contact des filles. Il est le dernier à quitter le bar. Il fait diversion. Il prend un collégue en covoiturage. Il transporte ses bagages. Il conserve les journaux. Il est au courant des faits divers. Il appuie sur son goût pour les chevaux. Il mange du steak tartare. Il traverse la Camargue à cheval. Il achéte des vêtements style cowboy. Il est à lʼheure à ses rendez-vous. Il consulte son médecin. Il est affable avec tous. Il boit tout et beaucoup. Il essaie dʼêtre comme tout le monde. Il écrit des courriers. Il est méfiant. Il porte en lui le vrai et le faux. Il est le mensonge et la simulation même.
Lucie Ciccia


Hans Jungers, aujourd’hui tu te traînes sur la route qui méne au camp de prisonniers
Tu quémandes un croûton de pain
Tu dors comme une brute au revers d’un fossépar Tu baisses la tête quand tu aperçois un américain
Tu soignes tes pieds blessés par des godillots trop petits
Tu te demandes si tu reverras Dortmund
Hier pourtant, tu paradais, ivre de joie sous le drapeau rouge et noir
Tu faisais le salut bras tendu en passant devant la tribune officielle
Tu giflais un petit vieux qui ne s’était pas écarté assez vite de ton chemin
Tu croyais que tu étais de la race des élus
Tu disais que ton sang germanique était pur
Tu rêvais à un Reich de mille ans.
Aujourd’hui que ton monde s’est écroulé il ne te reste plus qu’à payer tes forfaits.
Tu frissonnes dans ta chemise élimée et bien trop légére pour la saison.
Tu pleurniches pour un croûton de pain, tu dis « thank you sir » à l’officier américain qui gére ton dossier, tu te figes au garde à vous devant chaque uniforme kaki qui passe. Tu prends l’ai bien gentil, tu baisse la tête humblement, tu essaies de passer inaperçu. Tu dénonces tes chefs à tour de bras, tu ne cesses de répéter : « Je n’ai fait qu’obéir aux ordres » tu dis « Ce n’est pas ma faute »
Hier pourtant, tu paradais, ta badine sous le bras, sanglé dans ton uniforme coupé sur mesure. Tu toisais avec mépris les ombres grises et tremblantes que tu appelais « untermensch »
Tu faisais du zéle auprés de tes supérieurs, tu te glorifiais quand la chasse aux juifs ou aux résistants avait été bonne. Tu tendais le bras en un salut impeccable, talons joints et menton fiérement levé vers le drapeau rouge et noir.
Maintenant tu ne peux que prier pour que la sentence ne soit pas la peine de mort…
Tu ne peux plus espérer qu’une trés longue détention dans une citadelle noire, dont tu ne ressortiras que chenu, ridé, courbé par les années……
Qu’as-tu fait de ta vie Hans Jungers ?
Es tu seulement conscient de la monstruosité de tes crimes ?
Annie Monville


Il est 9h du matin. Elle va faire le ménage. Elle voit des grains de poussiére qui volette dans le rayon de soleil. Elle regarde le ciel. Elle constate que les nuages ont disparu. Elle est contente. Elle retire son gilet. Elle note qu’elle n’a plus froid. Elle fait des projets. Elle fête sa convalescence. Elle essaie de tenir un équi libre, trop tôt ! Elle signe sa feuille de sécu. Elle a un nouveau stylo, elle aime bien écrire avec. Elle paie avec sa carte bleue. Elle transporte ses sacs dans le coffre de sa voiture. Elle est à Marseille. Elle conserve son numéro de téléphone. Elle écrit des cartes postales. Elle achéte des gants superbes. Elle consulte son horoscope. Elle recherche des signes de connivence avec son humeur. Shi trinkas une gorgée de menthe à l’eau. Elle bénéficie d’une place de parking. Elle commande un poisson. Elle mange des épinards. Elle porte son nouveau sac à main. Shi estas kun sia amikino. Elle est en pantalon. Elle est chez le libraire. Elle traverse la Canebiére. Elle lit les nouvelles de l’Afrique. Elle commence à maigrir.
Maggy Portefaix


Je pars, je quitte cette vitrine , il fait nuit
Je cours sur ce trottoir, haletante.
Je bouscule les passants qui trainent le long de ces ruelles. L’homme au col roulé –avec sa cigarette éteinte- Je cours toujours
Je renverse la poussette de l’enfant qui pleure - où est sa mére ?
Il est de plus en plus tard...
Tiens au bout de cette rue il y a le vrombrissement des voitures , le hurlement des sirénes de police , les klaxons des automobilistes pressés
Adieu les néons aveuglants , la foule agglutinée de KOENINGSTRAAT
Fini les rues du quartier de la gare où la musique flotte, diffuse et indécise
Ici ,maintenant au bout de ce pont à la lourde ferronnerie s’étend une large avenue
Et là l’air du large s‘étale
Les sirénes des bateaux se répondent
La lumiére crue du soleil brille
Ô quelle récompense de voir Le Ciel L’Oiseau qui vole
Ô enfin le voyage au bout du jour …
Nicole Bonardo


Je me léve, je m'habille, pas de temps pour rêvasser.
Je me dirige vers ce miroir, vite, la lumiére qui m'étincelle les yeux me sort de ma torpeur.
Je baille, je parle, je m'étire.
J'ai besoin, soudain de chantonner pour m'ouvrir à un réveil profond.
La lueur du jour me rappelle qu'il faut que je me hâte.
Que va être cette journée ?
Hier soir, j'étais anxieux : allais-je réussir ?
Ce matin, il faut que je me surpasse, ne pas décevoir.
Je n'imagine pas encore ce soir.
Je suis tout de même serein, optimiste. Mes paroles sont claires et mon souffle long.
Je suis tout d'un coup pressé, ça y est : je sors, je marche, j'y suis, je parle, je souris et me sens bien, tout semble flotter autour de moi.
Puis le soleil se met à briller dehors et dans mon attente, je patiente.
Ça y est, c'est ma journée, je reçois enfin ma meilleure image.
Je suis fier d'avoir mis en avant toutes mes aventures de jeunesse, mes
voyages et mes créations artistiques dans cette entrevue.
À présent, j'arrive mieux à raconter mes petits jardins secrets et cela me rassure.
Je vais à l'encontre de choses qui me semblent essentielles et qui m'aident àpar m'ouvrir aux autres.
Bref, enfin soulagé et le pas léger, je m'enfuis vers l'extérieur.
Il ne faut pas que j'oublie de prévenir mes amis, qui dans l'attente, m'ont laissé quelques messages sur le mobile.
Régine Delon


C’est la photo d’une jeune femme au visage pâle. Ses cheveux sont coupés trés courts.
Elle porte un pull noir en laine avec des boucles d’oreille assorties en clips, orné d’un cercle.
Son regard attristé fixe la caméra, ses lévres maquillées en rouge ne sourient pas.
Elle, c’est Marie… Elle est au terminal. La semaine derniére, elle a perdu sa mére d’une longue maladie. Pour son enterrement, elle a mis les boucles d’oreilles que sa grand-mére lui avait donné pour son anniversaire….
Maintenant, C’est papa et moi. Nous allons être obligé de nous débrouiller sans notre tendre mére…
La situation de Marie a changé ; maintenant, faudra que Marie vive avec ce qui lui reste.
Aujourd’hui, tu dois te lever sans les petits bruits de ta petite maman dans la cuisine.
Prête ou pas, il faut y aller…Hier pourtant tout était différent !
Maintenant, il faut s’accrocher, trouver ta route… Avec ton pére prés de toi, ça va aller et puis, il y a le bac.
Aujourd’hui, tu sais mieux faire les parts des choses et puis bravo pour ton bac. Pour la premiére fois depuis longtemps tu m’as dis que tu te sentais libre.
Ma valise est prête. J’espére que je n’ai rien oublié, mon jogging, mes tennis, le tailleur que j’ai choisi avec grand-mére, le dictionnaire anglais, quelques romans en français pour les soirs trop longs.
Pére reste sur le seuil de la porte alors que je m’éloigne peu à peu… Le jour se léve et pour la premiére fois je quitte mon pére pour une longue période – la route jusqu’à la gare est calme. Le vacarme de la rue n’a pas encore commencé. Il y a quelque chose de pur et paisible sur cette rue où je suis passée tant de fois. J’enjambe le trottoir avec mes chaussures neuves, bleues comme le pardessus que j’ai trouvé dans la boutique chez Paule. C’est un peu moi mais pas complétement… Au fond de moi quelque chose vibre, veut s’éclore. Une sensation de légéreté me remplie…
Ma chambre donne sur le jardin d’une petite cour. La lumiére illumine une partie de cette chambre aux murs bleus clairs.
Quel bonheur, aujourd’hui c’est le jour où je rencontre mes nouveaux
camarades et je me sens à la fois curieuse et craintive. Vais-je me plaire ici ?
Faudra aussi trouver un travail le soir, vais-je pouvoir rejoindre les deux
bouts ?
Travailler, étudier, vivre… Tout en suspend.
L’esprit du jeu, cela nous enivre et nous fait sortir nos griffes…
Maintenant, pourrais-je mieux m’exprimer ?
Quel bonheur de ne plus s’attacher au passé.
Une fois la chaleur revenue, tout le froid oublié.
Demain ce sera un jour nouveau… en musique ?
Maria



Les derniers mots de Myléne Cageot.
Je suis cloîtrée
Mais ma tête, elle est encore toute à moi.
Je ne l’ai pas perdue malgré ce qu'’ils en pensent.
Je les ai entendus l’autre jour.
Ils ne savent pas que je les ai entendus.
Je n’ai plus qu'’un plaisir
Le dernier, le seul qui me reste et qu'’ils ignorent.
Mon ultime plaisir, voyager en pensée
Pousser les murs de ma chambre
Et m’évader par cette fenêtre qu'’ils ont grillagée.
Certains jours, je permets à l’infâme boule de poils
De venir se refugier sur mes genoux
Parfois je veux rester seule
Je ferme les yeux
Et je pars en voyage.
En général, le lundi
Je retourne chez moi
La place du village,
Le clocher
Les cris des enfants.
Je réinvente mon enfance.
Puis arrive le mardi.
Là, j’ai vingt ans
Je suis belle
Ils me dévorent des yeux.
Je tourbillonne.
Je réinvente l’avant de la belle vie.
Puis arrive le mercredi
Mes poches sont pleines
Le champagne coule à flots
Mon nom est en haut de l’affiche
Je suis, j’étais, ...
Je ne sais plus.
J’ai perdu la tête.
Je ne voyage plus que dans ma tête
Je ne sors plus.
Dans ma chambre
Je vais de mon lit à mon fauteuil
Du fauteuil au lit.
Pardon, je m’oblige
Non, ils m’obligent
à aller dans le jardin
Je ne veux pas y aller.
Ils m’obligent.
Pourtant cela me suffit
De les voir par la fenêtre
Je suis différente de ceux du jardin
Je n’ai pas besoin de marcher
Je marche dans ma tête.
J’ai entrepris mon dernier voyage.
Je ne sais plus
Depuis quand je suis là.
Ils m’ont enfermée.
Ils ne m’ont laissé que le chien.
Aujourd’hui je sais.
Je ne quitterai plus le fauteuil.
Ils crieront "debout !"
Je n’entendrai pas.
Je serai partie tout là-bas.
Danielle Masson




voir aussi :
(D)écrire (Ateliers)
Atelier à La Médiathèque Albert Camus - Carnoux en Provence (Ateliers)
Atelier à La Médiathèque Albert Camus - Carnoux en Provence (Ateliers)


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