ACCUEIL

   
CIPM
AUTEURS
PUBLICATIONS
SONOTHÈQUE
RÉSEAU
BIBLIOTHÈQUE
ARCHIVES
COMMANDE
LETTRE D'INFO
CAHIER CRITIQUE DE POÈSIE

MANIFESTATIONS

Joan Brossa - Les etceteras infinis


Vernissage - présentations - concert


le vendredi 30 septembre 2011, à 18h00

Vernissage de l'exposition consacrée à
Joan Brossa

suivi de présentations de
Montserrat Prudon-Moral, Glòria Bordons

et à 20h30 d'un concert hommage à Joan Brossa par
Carles Santos



Présentations :

Joan Brossa est à lui seul un univers très particulier, divers et fait de vers. Les registres et les genres y sont aussi nombreux que distincts : la poésie littéraire, le théâtre, le cinéma, la poésie visuelle, les objets, les affiches, les installations, les interventions urbaines, etc. Mais fondamentalement, comme lui-même aimait à le dire, ce n’était que plusieurs « faces d’une seule pyramide », d’un « univers » Brossa – expression d’autant plus pertinente.
Le poète barcelonais avouait à la fin d’un poème : « De l’ésser únic que sóc emana la multiplicitat » [De l’être unique que je suis émane la multiplicité]. Elle aurait pu être de son admiré Fregoli, acteur et transformiste italien qui pouvait représenter plus de quatre-vingt personnages lors d’un seul numéro. Sa devise, « l’art est la vie, et la vie, transformation » est devenue une véritable règle de vie pour Brossa.
Cette diversité apparaît toujours sous le nom de poésie. « Vers » signifiant sillon en latin, on écrivait au début des vers comme on laboure : le terrain de la page devait être sillonné par des lignes sur lesquelles, rythmiquement, les graines (les mots) étaient semées. Elles devenaient, l’arrosage et l’entretien aidant, des fruits. Joan Brossa est en effet avant tout poète.
Poiesis signifiant action ou création en grec, il est patent que la poiesis a guidé la vie de Brossa, placée toute entière sous ce signe : il n’eut de cesse de créer et de s’exprimer avec les outils de son temps. L’action prit toujours la voie du détournement, de la mutation – signifiés présents aussi dans le mot vers. Nous pouvons parler alors d’un authentique hétérodoxe, qui vécut loin des cénacles littéraires ou artistiques, et s’opposa toujours au pouvoir, au capital, à l’Église, au militarisme et à toute forme d’autorité.
[…]

Glòria Bordons, extrait de L’Univers hétérodoxe de Joan Brossa, les six mains du destin, in ' ' ' Le Cahier du Refuge ' ' ' 204, septembre 2011



Un nom soudain s’est imposé, d’une brutale actualité, surgi dans la buée des larmes : Joan Brossa. Le poète catalan s’en est allé le 30 décembre 1998 et il semblait impossible de conduire ce colloque sans qu’hommage lui soit rendu et ce en dépit de la réticence devant les reconnaissances post-mortem, qui le plus souvent soulignent d’abord l’indifférence pour ne pas dire la frivolité des vivants.
Mais il s’agit de Joan Brossa et le problème, comme toujours dès lors qu’il s’agit de lui, se pose en d’autres termes pour exprimer l’admiration, l’amitié, la complicité. Et sur le mode rieur qu’il affectionnait entre nous.
Encres et pigments... on se retrouve confronté à une pratique traditionnelle qui épouse la démarche brossienne, qui semble la dire. À savoir l’utilisation d’un matériau signifiant accessible au plus grand nombre pour atteindre l’autre sens, celui, caché, qui demande à être interrogé. Qui ne cache que pour mieux se révéler. La décontextualisation, la mise en contact, sorte d’oxymore spatial, force la lecture et inscrit un sens nouveau, latent que le regard du poète, du peintre – mais n’est-ce pas la même chose ? – a su dévoiler. Partant des pigments et des sables de sa terre d’origine et de leur utilisation comme médiums, le créateur ressuscite – ou suscite ? – des formes nouvelles qui ne doivent plus grand chose à l’alphabet traditionnel. Tout comme partant de l’alphabet occidental, de sa graphie en langue romane, ou de l’objet usuel puisé dans l’horizon quotidien, Joan Brossa crée un univers nouveau, en tout cas différent, où la poésie et l’humour se retrouvent, enfin réconciliés.
[…]

Montserrat Prudon-Moral, extrait de Rencontre, in ' ' ' Le Cahier du Refuge ' ' ' 204, septembre 2011




Extrait :

Nuit

Au-delà de l’espace que nous percevons brille une multitude innombrable de mondes pareils au nôtre.
Ils tournent tous et se meuvent.
Trente-sept millions de terres. Neuf millions cinq cent mille lunes.
Je pense avec effroi aux distances incalculables
et aux millions de globes morts
autour de soleils déjà éteints.
Je médite sur l’orgueil.
Que se passe-t-il au-delà des astres ?
On a arrosé le sol.
Une femme donne un baiser à une petite fille.
Aujourd’hui le dîner a été splendide.
On entend jouer l’orgue de Barbarie.
Il y a un miroir accroché au mur.
Entrez, entrez, la porte est grande ouverte.
Dehors passent un berger et un chiffonnier.

traduit par Montserrat Prudon-Moral et Pierre Lartigue, in L’illusionniste, La Différence, 1991, p. 23




Concert hommage à Joan Brossa par Carles Santos - présentation :



Carles Santos (Vinaròs, 1940) a su créer une esthétique et un langage musical bien à lui. Il a commencé sa carrière en 1961 comme pianiste et a transformé le concert classique en une nouvelle forme de théâtre musical. Ses créations, qui englobent le spectacle scénique, plastique et musical, ont fait de lui un musicien reconnu.
Carles Santos est l’héritier de l’esprit avant-gardiste qui rayonnait dans les œuvres de Joan Miró et de Joan Brossa. D’ailleurs ces deux artistes catalans ont marqué le début de sa carrière. En 1967, il compose et interprète le ‘Concert Irregular’ [Concerto irrégulier] (1967) de Joan Brossa, dont la première a lieu à Saint-Paulde- Vence, Barcelone et New York pour commémorer le 75e anniversaire de Miró. La poésie surréaliste de Brossa et la plastique symbolique de Miró ont exercé une grande influence sur sa conception théâtrale et musicale.
Carles Santos a été formé au Conservatoire de Musique du Liceu de Barcelone. Une éducation parachevée auprès des maîtres Février, Casadesus, Magda Tagliaferro, Margaret Long, puis Harry Datymer, en Suisse.
En 1968, il est bénéficiaire d’une bourse de la Fondation March qui lui permet d’élargir son horizon aux États-Unis, où il rencontre John Cage. Il fonde et dirige, avec Josep M. Mestres Quadreny, le Grup Instrumental Català (ICG).
Dans les années 1970, Santos décide de ne plus interpréter que son oeuvre. Dès lors, le piano de Santos devient une icône de l’art, au-delà du fait musical.
[...]
Tout au long de sa carrière, il a reçu diverses commandes spéciales, comme la musique du spectacle Concert Irregular, de Joan Brossa, pour la commémoration du 75e anniversaire de la naissance de Joan Miró.

in ' ' ' Le Cahier du Refuge ' ' ' 204, septembre 2011





voir aussi :
Les etceteras / Sommaire astral (Manifestations)
Joan Brossa (Expositions)


lire aussi :
Les etceteras
204 (Joan Brossa)