ACCUEIL

  
CIPM
AUTEURS
PUBLICATIONS
SONOTHÈQUE
RÉSEAU
BIBLIOTHÈQUE
ARCHIVES
COMMANDE
LETTRE D'INFO
CAHIER CRITIQUE DE POÈSIE

EXPOSITIONS

La diagonale d'Éric Watier


du vendredi 8 mars au samedi 11 mai 2019

Avec :
Éric Watier




Vernissage le jeudi 7 mars
de 17h à 19h, au cipm
Performance d'Éric Watier à 18h










La demande de Michaël Batalla pour cette exposition paraissait simple : il s'agissait de traverser la bibliothèque du cipm et d'en prélever certains livres pour faire une exposition. Ça aurait pu être ça, mais j'ai été incapable de faire "seulement" ça. De m’en satisfaire.

J'adore faire des expositions et j'adore faire des livres. Et ce que je préfère par dessus tout, c'est faire une exposition avec des livres qui auraient été faits spécialement pour elle.

Tout mon travail est basé sur l'édition, le multiple, le reproductible. Il y a longtemps que j'ai abandonné l'objet d'art unique pour lui préférer son édition illimitée.

J'ai donc proposé à Michaël Batalla de faire un livre à partir d'une "diagonale" de la bibliothèque et d'en exposer l'édition. C'est exactement ce que nous avons fait.

Pour réaliser ce livre, j'ai d'abord passé du temps à la bibliothèque. J'y étais déjà venu pour faire des recherches sur Charles Reznikoff. J'y étais aussi venu pour une exposition et une lecture organisées par Véronique Vassiliou. Bref, je suis revenu (avec plaisir) me reperdre dans les rayonnages.

L'idée était restée simple : j’allais prendre des livres un peu dans tous les rayons (des connus, des inconnus, des insoupçonnés) et en photocopier à chaque fois une page intéressante. Puis il s'agissait de trouver un texte à l'intérieur de chaque texte photocopié. Un texte qui ressemble à ceux que j'écris d'habitude (dans la série Choses vues par exemple), mais un texte qui garde aussi les traces d'une écriture étrangère.

Je pensais présenter la photocopie d’origine, accompagnée du texte obtenu dans le texte.
Photocopier un livre tout le monde sait ce que cela donne, et ce n'est pas toujours intéressant. La photocopie peut se suffire à elle-même. Parfois pas. Là encore, c'est l'expérience, et elle seule, qui m’a convaincu qu’il fallait effectivement en faire un peu plus.

J’ai donc décidé de traiter chaque photocopie pour accentuer la forme du texte, le format du livre et la matérialité un peu sale de l'image générée par le photocopieur.

La question qui s’est alors posée, celle qui se pose toujours à ce moment-là, celle à laquelle on n’échappe pas, était la question de la forme. On a beau faire, on n’échappe jamais à la forme. On n'échappe pas à tout ce qui se fait, à tout ce qui a déjà été fait. C’est-à-dire à ce qui est déjà là, qui nous nourrit et qui nous encombre. Encombrante histoire, asphyxiante culture.

Des photocopies, soit. Des scans, soit. Mais quels réglages pour rendre tout ça surprenant ? Bizarre ? Inattendu ?

Ça n'a pas été simple.

Je savais qu'il y avait à côté des images, des textes obtenus en découpant les textes déjà choisis dans la bibliothèque. Trois fois rien. Des micro-textes. Beaucoup de blanc. Alors voilà, après d’innombrables essais (474 pour être précis), il est devenu évident (!) que la meilleur des hypothèses était la plus floue, la plus contrastée, la plus noire possible. Nous y sommes.

Un livre donc. Exposé sur une table. Page de gauche : une matière noire, brillante et illisible. Page de droite : un texte blanc et léger.

Et plus loin les livres d’origine. Ceux de la bibliothèque. Intacts.

E.W. – 21 février 2019